Marseille Blues

Article : Marseille Blues
11 juin 2014

Marseille Blues

Crédit LaNaveDeambula
Crédit LaNaveDeambula

Je suis une chauvine dans l’âme, pour moi ma ville est la plus belle et je suis rentrée en France pour sa lumière. C’est un sentiment inexplicable que de sentir le manque du dédale de ses rues, le sentir de ses ambiances. Jean-Claude Izzo le décrit à merveille, moi je ne trouve pas les mots pour.

C’est toujours avec un haut le cœur qu’entre Marseillais on parle du moment d’émotion que l’on sent au sortir du long tunnel du TGV et que l’on aperçoit enfin la présence lumineuse de cette ville pourtant si complexe.

Elle est de ce genre de lieu qui attise les passions alors qu’elle est composée d’extrême. Elle est une jungle désordonnée et à la fois une douceur de vivre que sa tranquillité inspire.

Et aujourd’hui entre des hordes de touristes et une réputation venimeuse personne ne sait quoi penser de la ville.

On nous parle d’un relent économique, attendu depuis le déclin du port, et les écarts se creusent. Les larmes aux yeux, j’ai comme un sentiment que cette ville si particulière qui appartient à tous ceux acceptent ses règles nous échappe et qu’elle nous glisse des mains. Serait-ce la peur du changement ou le sentiment qu’une identité se perd ?

Comme un secret bien gardé, on a toujours su le trésor qu’on avait dans les mains et on n’a pas cessé de le dire mais on ne nous a pas cru car on dit qu’on exagère. Et voilà que les investisseurs ont compris qu’il y avait une perle qui n’avait pas encore été récoltée.

Le charme de Marseille s’envole.

Ce qui est beau de cette ville est voué à disparaître, les quartiers populaires qui font son charme  subissent le nettoyage social. Tout ça pourquoi ? Restaurer les immeubles et perdre les habitants pour qui on aime cette ville. Lieu d’inégalité, elle a, jusqu’à maintenant, eu la chance d’avoir ses plus beaux quartiers au bord de la mer habités par des personnes qui n’ont pas forcément beaucoup de moyen et qui vivent dans ces quartiers de génération en génération. C’est maintenant une catégorie sociale aisée et prétentieuse qui rachète tout, reconstruit, change le paysage. Pensez-vous que l’ambiance pour laquelle le tourisme afflue va perdurer ?

Entre plans d’urbanisation et hôtels de luxe, Marseille la belle oubliée perd son identité.

Parmi tous les clichés dont Marseille est dotée, il a fallu qu’elle récupère celui de ville dangereuse. Grâce au jeu médiatique assoiffé de violence, le FN gagne les urnes dans cette ville d’accueil ouverte sur la méditerranée. Comme si cela ne suffisait pas on associe la ville aux kalachnikovs, le cinéma s’inspire de la ville pour illustrer la guerre des « gangs » et arboré le tout d’une connotation raciale dans ses propos. Mais est-ce que certains se sont demandés s’il n’y avait pas un lien entre la recrudescence de violence et le nouvel élan touristique et urbaniste de la ville ? Entre la rénovation des quartiers qui met ses habitants à la rue, la marginalisation des quartiers nord, l’augmentation des loyers, de la taxe d’habitation (et j’en passe) les habitants de la ville ne savent pas comment accéder à cette nouvelle dynamique.

J’aime cette ville et son côté sale et il est difficile de voir son aseptisation. Son désordre inspire, son identité attire et ses extrêmes passionnent, et petit à petit tout ça s’envole pour répondre à un phénomène de mode.

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