La catastrophe, mon oeil !

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10 février 2014

La catastrophe, mon oeil !

La Barra c’est un lieu où les maisons sont éphémères et où ce n’est pas grave.

L’océan monte. Il monte plus qu’il ne faut, les habitants le savent. Pour un œil occidental comme le mien, ça choque, je me questionne. « Ah bon ? Mais quelles en sont les raisons ? A quelle vitesse ? Comment ça ? Et les gens, ils vont aller où ? » Je demande à Doña Esther qui nous héberge qu’elle me raconte à ce sujet. Une réponse vague, oui l’eau monte. Mais moi j’y vois de suite un drame. J’imagine déjà la Une des journaux, « un tsunami détruit une région oubliée colombienne », « des villages sous les eaux », « l’océan gagne du terrain ».

La Barra est un village sur un petit bout de plage quelque part sur la côte pacifique colombienne, c’est le dernier village touristique avant un grand vide, non pas qu’il n’y ait rien c’est juste le genre d’endroit où on ne va pas. La Barra est comme une frontière. On y accède par bateau puis par la plage ou par un chemin boueux dans la selva. D’un côté on a l’océan et de l’autre une selva plus dense que l’Amazonie.

Crédit photo LaNaveDeambula
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Un jour, alors que je marche jusqu’au chemin principal du village, je suis choquée par ce que je vois, la marée haute avait emporté plusieurs maisons, des restaurants… En face de moi je vois des vagues emportant des bouts de bois, un palmier qui tombe, ce sont des pans de sables que l’océan avale dans le gris du ciel et sous les coups de fouet du vent. Je vois de suite une image de désolation et de destruction, comme si j’assistais à une catastrophe naturelle de grande ampleur. Les photos vues dans les journaux, les images d’Hollywood, tout y est et j’y crois.

Crédit photo LaNaveDeambula
Crédit photo LaNaveDeambula

Je regarde autour de moi, tout semble normal. Le magasin principal vend des bières, les enfants jouent alors je continue ma promenade comme si de rien n’était. Ma curiosité m’amène à demander à un habitant, « c’est normal que des maisons soient emportées et tout le monde agit normalement ». Il rit et me dit que oui c’est normal, ils savent que la mer monte, alors tous construisent une maison vers la selva ou un peu plus haut, ils ont tous perdu une maison dans les eaux, mais après tout c’est juste du bois et ici ça ne manque pas alors on reconstruit et c’est tout. Il faut s’adapter.

Crédit photo LaNaveDeambula
Crédit photo LaNaveDeambula

Alors voilà, il faut s’adapter, accepter les changements. Un village où de l’extérieur règne une image de pauvreté et de désolation est en réalité simplement adapté à ce que les deux géants naturels qui l’entourent lui donnent. Les habitants s’adaptent à eux et vivent avec ce qu’ils veulent bien leur donner et leur reprendre. Et pourtant ce sont eux qui reçoivent une quantité de déchets venus du monde entier par l’océan, ce sont des tas de détritus qui s’accumulent sur les plages et ils s’adaptent, il faut savoir vivre avec et en tirer parti.

Crédit photo LaNaveDeambula
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Commentaires

Mylène
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Même en étant caribéenne depuis toujours, je suis toujours étonnée par la capacité des gens à s'adapter, à se relever et à reconstruire. Beau billet de blog.

lanave
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Merci Mylene, ca me touche venant de ta part.