L’acceptation des corps

3 décembre 2013

L’acceptation des corps

transphobia
Crédit photo LaNaveDeambula

Un simple regard

Il y a quelques jours a eu lieu la journée internationale contre la transphobie. C’est un sujet peu abordé en France et je ne sais pas quelle est son importance. En Colombie, la violence contre les personnes Transgenres est importante et surtout très peu répertoriée.

Il y a un an j’ai commencé à connaître des transsexuels qui viennent du quartier de Santa-Fe dans le centre de Bogotá, il est réputé dangereux et malfamé pour sa forte concentration de prostitution.

Si on parle souvent d’homophobie ou de xénophobie, la transsexualité est relayée dans les bas-fonds des thèmes médiatiques ou des débats politiques et pourtant il y a une réelle nécessité. Car même si certains esprits ouverts acceptent l’idée qu’une personne change de sexe, il y a toujours des a prioris ou des regards de curiosité envers ces personnes. Beaucoup les jugent « il faut être fou pour être comme ça ». J’aurais envie de dire qu’il faut vraiment avoir du courage. Être transsexuel, assumer son ambiguïté d’identité de genre (il ne faut pas confondre avec un soucis d’identité d’attirance sexuelle car cela n’a rien à voir) c’est accepter la situation qui va s’en suivre dans ses relations sociales, souvent familiales sans parler de celles du travail. Quel est l’employeur qui accepte une personne (même diplômée) transgenre ? Dans nos esprits, ces personnes sont directement associées à la prostitution. Nos regards les jugent, nos commentaires les rabaissent, mais comment peut-on savoir ce que ressentent ces personnes ? Je suis née fille, on m’a toujours traitée comme telle et j’ai parfaitement accepté cette position, je n’aime pas le rose mais ça ne fait pas de moi une personne qui n’accepte pas son corps ni son sexe, je me reconnais en moi-même et ne me pose pas de question, mais qui suis-je pour juger une personne qui ne se sent pas en accord avec cette idée là ? Je n’ai aucune idée de ce qu’une personne peut ressentir dans cette situation.

On a tendance à relayer la transsexualité à une situation moderne, occidentale alors qu’il n’en ait rien, elle a toujours existé dans diverses cultures. On rapporte dans des cultures d’Indiens d’Amérique du Nord une acceptation de cet état, voire chez certains une place particulière au sein de la société voire encore un héros guerrier qui en réalité était une femme (Wewha chez les Zuni par exemple).

Mais voilà aujourd’hui dans ce marasme de haine de la différence les transgenres sont touchés dans l’indifférence et surtout l’impunité pour ne pas avoir de statut juridique.

Voici une retranscription d’une interview avec Laura Weinstein au sujet de la condition des transgenres en Colombie. Voici un exemple de violence, de manque de loi mais il faut savoir qu’en France il n’existe aucun statut juridique afin de donner des droits aux personnes qui désirent changer de sexe.

Laura  Weinstein
Crédit photo LaNaveDeambula

Pour écouter l’interview

 » Laura: Je suis Laura Weinstein je fais partie de GAT(groupe d’appui aux personnes trans) et aujourd’hui nous sommes là pour parler au sujet des crimes dont les trans sont victimes ce qui est systématique et stigmatisé et qui se voit au quotidien. Nous avons voulu nous souvenir de ces personnes trans qui ont été assassinées ces 3 dernières années. A la fois nous exigeons de la Colombie, aux représentants, que ces morts, ces crimes pour préjugés ne restent pas impunis, nous avons besoin qu’il y ait une justice. Pour la journée internationale contre la transphobie, les personnes trans, leurs familles, leurs amis sommes réunis à cette fin pour demander justice contre l’atteinte à nos vies.

LaNave : Combien de crimes ont eu lieu ces dernières années ?

Laura: Malheureusement nous n’avons pas de chiffres exacts, car beaucoup de cas ne sont pas dénoncés parce que la famille ne veut pas. Nous avons répertorié 132 cas que nous montrons ici, c’est une chose constante je ne pourrais pas donner un chiffre exact.

LaNave : Comment se matérialise la transphobie au quotidien ?

Laura: Il y a beaucoup de façons. Le simple fait d’un regard ou d’un commentaire. Le fait qu’on te regarde différemment, qu’on ne te reçoit pas de la même manière dans les magasins, ce sont des manières de générer une violence, et elles tuent aussi. Nous ne croyons pas seulement que la mort surgit quand on te plante un couteau mais aussi quand on t’ignore et qu’on te regarde mal. Nous pensons qu’une mort vaut autant que 1000 morts, nous sommes prêtes à manifester pour une mort comme pour 1000 ou 2000 parce qu’ici il s’agit de dignité et de bonheur. Il s’agit d’exiger à l’Etat qui ne nous écoute pas de nous prendre en compte dans ses statistiques. Nous sommes là pour exiger que nous sommes une partie de la population, que nous sommes vulnérables et qu’on exige du respect pour nos identités et nos vies.

LaNave : De tous ces crimes aucun n’a été jugé ?

Laura: Jusqu’à aujourd’hui aucun.

LaNave : Comment l’expliques-tu ?

Laura: Malheureusement la justice ne le voit pas sinon comme des crimes passionnels mais même si c’est un crime passionnel, il y a un droit à avoir une justice. C’est pour cela que nous sommes ici. Il n’importe pas le crime qui ait été commis sinon qu’il y ait une justice pour cette personne. Cette personne qui peut-être marchait simplement dans la rue y pour ne pas plaire, pour sa façon d’être on l’assassine.

LaNave : Comment existe le transgenre au niveau des lois ?

Laura: Malheureusement il n’y a pas de loi c’est pour cela que nous ne sommes pas protégées. Il y a une loi contre la discrimination qui existe en Colombie mais elle ne parle pas d’identité sexuelle ni d’identité de genre. Il n’y a pas de loi, nous n’existons pas pour le système légal, c’est pour cela que nous n’obtenons pas de justice.

LaNave : Qu’en est-il de la politique de la mairie de Bogotá ?

Laura: Bogotá a apporté certaines avancées. Mais il y a toujours beaucoup de discrimination, les violences quotidiennes continuent d’être constantes. La mairie fait un travail très important on ne peut pas le rendre invisible, elle fait sa part mais il nous manque de la reconnaissance comme sujet de droit et qu’on soit respecté pour le simple fait d’être des êtres humains.

LaNave : Quelles sont les avancées qu’a apportées la mairie ?

Laura: Il y a une politique public pour les personnes LGBT, ils apportent des choses très importantes pour cette population. Mais nous comme personnes trans nous sentons qu’il manque encore beaucoup d’effort malgré ce grand travail qui est en train de se faire. Nous ne pouvons pas nous déplacer librement comme n’importe quelle personne peut le faire, on ne nous garantit pas les mêmes droits que n’importe qui.

LaNave : Est-ce qu’il y a d’autres parties de Colombie où il y a un travail public pour les personnes Trans ?

Laura: Si en Colombie les crimes de haine et de transphobie sont élevés, dans les régions c’est encore pire. Parce qu’ici au moins nous avons une politique publique qui est celle de la mairie de Bogotà qui nous appuie, cela nous donne des possibilités. Mais dans les régions, il manque beaucoup d’effort à part à Medellin où il y a une politique publique, nous avons besoin d’une politique nationale et nous avons besoin d’une loi d’identité de genre pour les personnes trans.

LaNave : Comment expliques-tu la transphobie ?

Laura: De beaucoup de manières. Elle vient du machisme, des préjugés, l’Eglise est fautive. Je crois que c’est le manque de connaissance, réellement tout se base là dessus. Parce qu’il y a une généralité qui est que quand on ne connaît pas quelque chose, que quelque chose ne me ressemble pas on a tendance à discriminer, à violenter. Tout ce qui n’est pas normal n’est pas bien. A partir de cela il existe une grande discrimination de l’autre, du manque de reconnaissance de l’autre et du manque de respect d’accepter qu’il existe d’autres façons d’être.

LaNave : Comment lutter contre ce manque de connaissance ?

Laura: Il y a beaucoup de choses à faire au sein de l’académie, on enseignant aux gens qu’il y a d’autres façons d’être. Beaucoup d’entre nous avons souffert pendant notre enfance dans le système éducatif. Beaucoup n’ont pas pu résisté et ont du sortir de ce système et c’est pour cela qu’on voit beaucoup de profession « transsexualisées » comme la coiffure ou la prostitution qui sont très élevés. Très peu de trans ont une profession mais il y en a. C’est important de visibiliser cela. Mais ça a été une lutte pour arriver jusque là. Jusqu’à ce que nous ayons une loi qui nous garantisse l’égalité, nous ne l’aurons pas.

LaNave : Est-ce que tu peux me parler de l’accès à l’emploi ?

Laura: C’est très difficile. Premièrement à ne pas avoir une loi d’identité de genre qui te permette de changer ton sexe sur ta carte d’identité, il y a quelque chose qui ne va pas. A partir de cela les possibilités sont minimes. La mairie de Bogotà a aidé des personnes dans ce sens, que ce soient avec des femmes trans éduquées ou d’autres qui n’ont pas eu cette possibilité, la mairie leur a donné une opportunité d’améliorer leur condition de vie. »

Les personnes transsexuelles sont un symbole de tous types de discriminations. Et tout cela pourquoi ? Pour le manque d’acceptation du corps de l’autre. Après tout, un changement d’identité de genre est l’affaire personnelle de certains et non pas des autres alors pourquoi un tel rejet ? On regarde ces personnes comme des bêtes de foire pour nous faire rire au Cabaret mais une fois sortie de leur aspect spectaculaire, au quotidien, dans la rue, elles n’ont pas leur place. C’est sûrement la même chose avec la prostitution à ne pas accepter la fonction qu’elle peut avoir dans une société. Non elle n’est pas un crime, il faut savoir protéger les travailleurs-ses du sexe afin de donner des conditions de travail et retirer ce masque glauque de ce métier. Si chacun doit respecter son propre corps alors pourquoi ne pas respecter le corps de l’autre en l’acceptant tel qu’il a décidé d’être. Il y a toujours cette confrontation entre fascination et rejet qui transforme certaines personnes en objet de regard et de curiosité. Mais lorsqu’on croise certaines femmes transsexuelles on admire leur simplicité d’être femme.

Les photos suivantes ont été prises l’année dernière lors d’un défilé organisé par la Fondation Procrear pour la diversité sexuelle.

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Commentaires

otibou
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pas très connu ce phénomène en afrique.en tout cas jaime votre manière de le dire.send moi un mail ou une invite sur face.thanks