Le complexe du Colombien

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21 octobre 2013

Le complexe du Colombien

Je marche tranquillement dans la rue, je vois un attroupement de personnes. Des cris attirent mon attention de bon passant. Je regarde, il y a une voiture, des gens à vélo (jour de la ciclovia), des passants qui crient sur le conducteur – « Tu n’as pas honte, un étranger en plus ! » – L’étranger en question réplique: « Je serai Colombien ce serait pareil. » – D’autres s’approchent de lui et lui tendent la main: « Excuse-nous pour lui, on n’est pas tous comme ça. » – L’étranger insiste que ce n’est pas grave et qu’il n’y a pas de raison de se mettre dans des états pareils. Il continue son chemin tandis que les autres poursuivent la voiture en l’insultant. Dans mes cours, je parle de beaucoup de sujets de société avec mes élèves et j’ai souvent eu droit à des débats du genre: – « Nous les Colombiens on n’a pas de culture, on est mal éduqué. Telle initiative ne fonctionnerait pas car on volerait et casserait tout. » – Et je leur réponds « Ah bon, tu ferais ça toi ? »« Non bien sûr que non », – « Alors est-ce que tu crois vraiment que c’est culturel ? » J’ai même entendu dire une personne qu’il pensait être raciste de par sa culture car il n’aime pas la salsa et que son pays est trop désorganisé. Tout au long de mon séjour, j’ai pu constater cet amalgame et cette généralisation négative de soi même, « on est mauvais ». Je trouve ça très bien de ne pas avoir une très haute estime de soi en tant que peuple mais de là à se rabaisser autant cela devient exagéré. En contraste avec nos pays européens, les étrangers sont plus que bienvenus, on déroule le tapis rouge aux jeunes actifs qui débarquent, ils obtiennent de bons travails, bien payés comme peu de Colombiens pourraient un jour rêver d’accéder. Je ne dis pas que c’est quelque chose de facilement accessible mais tandis qu’on exige d’un Colombien des références de travail, personnelles, familiales (qui sont vérifiées), on fait une confiance aveugle à un gringo sans vérifier ses qualités. Tous les jeunes Colombiens ont en conscience, on m’a dit: « En Colombie si t’es étranger c’est facile pour toi on ne vérifie pas ce que tu vaux, tu peux être nul ce n’est pas grave ce qui compte c’est que t’es pas d’ici. » Un contraste très fort avec les pays européens où le racisme augmente de façon accélérée, et où la fierté nationale est mise en avant. Ici en Colombie, il est parfois dur d’être Colombien. D’où vient cette sous-estime de soi ? Je n’aime pas généraliser sur toute une population d’un pays, mais ils m’y ont forcé à force d’entendre mal parler des Colombiens. Déjà il y a cette éternelle comparaison entre la Colombie violente et l’immaculé vieux continent où ils croient qu’on est « plus civilisés » qu’eux. Il existe une image de l’Europe idéalisée où le vol n’existe pas, où on ne s’insulte pas dans la rue où on se sourit tous les uns les autres, où les jeunes ne mettent pas les pieds sur les sièges dans le bus. Il y a un amalgame entre culture et société Dans les médias, l’information se résume à des bagarres survenues entre un automobiliste et un piéton, à un homme qui a frappé sa femme dans la rue, à un délinquant qui vole dans un supermarché etc. Toute la journée on badigeonne les infos à coup de faits divers sur-dramatisés, remplis de superlatifs, d’images en boucles, d’intonations alarmantes pour des faits divers sans importance. Lorsque les médias proposent une analyse de la violence délinquante des rues de Bogotá, elle invite une psychanalyste qui parle de la violence intrafamiliale ou de la rue sans apporter de réponse claire. Jamais on évoque des conditions sociales difficiles, ni on la remet en question. Alors bien sûr à voir tous les jours des citoyens lambda se taper dessus à la télévision, ils finissent par croire que la Colombie n’a pas de quoi être fière de son prochain et ont honte du comportement de leurs concitoyens parce qu’ils ne sont pas aussi civilisés qu’il le faudrait pour pouvoir être un jour un pays riche et développé. La faute est toujours celle de la culture Colombienne comme si ces actes de violences ne seraient pas internationaux et simplement humain. Ils ont plus de recul sur leur culture que sur leur société. Les médias renforcent cet amalgame et préfèrent montrer des faits divers insignifiants pendant 15 minutes que 3 minutes de réalité sociale. Les Colombiens sont plus ouverts aux étrangers qu’on ne pourrait jamais l’être, leur courtoisie ne fait aucun doute et leur exigence pour être bien vu est surement plus culturelle que leur méchanceté. C’est une généralité un peu grossière, certes, mais dans cette réalité où ils ne se font pas confiance entre eux c’est sur que ça va être difficile d’aller de l’avant. Alors faisons-nous confiance les uns les autres et prenons exemple en ayant un peu de modestie.

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